Arnaud Eeckhout - Silence is More

Arnaud Eeckhout – plasticien sonore : interroger d’abord le silence

Arnaud Eeckhout, artiste sonore, musicien et plasticien est fraîchement diplômé de l’ESAPV, l’Ecole Supérieure des Arts Plastiques et Visuels de Mons. Il développe depuis quelques années déjà, une pratique mêlant installations, performances et vidéos.  Interrogeant les rapports entre le son, l’image et l’espace, ses travaux croisent adroitement une immédiateté – dont l’humour n’est jamais absent -, à une poésie subtile. Des oeuvres qui offrent un temps de dégustation malgré une simplicité et une économie de moyens apparentes.

Arnaud Eeckhout sera présent dans le Parcours Sonore City Sonic 2013 avec une nouvelle installation, « Silence is more », lauréate de l’appel à projet lancé par la plate-forme transfrontalière pour les musiques innovantes Espace(s) Son(s) Hainaut(s) et avec deux projections sonores, le 21 septembre, à l’Ouverture du 106, le nouveau lieu de la Fondation Mons2015, Capitale Européenne de la Culture.

 

Transcultures : Vous venez des arts plastiques vers le son. Comment s’opère ce lien dans votre pratique ?

Arnaud Eeckhout : Je suis plasticien sonore, j’insiste souvent sur le terme de plasticien qui est pour moi primordial dans ma recherche, avec une volonté forte d’exploiter le potentiel plastique du médium sonore. Ma pratique questionne majoritairement notre perception, ses failles et les erreurs qu’elles peuvent induire dans notre appréhension de la réalité. Je suis très intéressé par l’idée de limites, de frontières.

Transcultures : Vous venez d’obtenir votre diplôme de l’Ecole d’Art, et pourtant vous avez déjà un CV d’expositions nationales et internationales bien rempli. L’ESAPV Mons (devenu aujourd’hui Arts2)  pousse-t-elle les étudiants à présenter leurs projets en dehors de l’école ou est-ce une initiative personnelle ?

Arnaud Eeckhout : J’ai eu la chance d’étudier dans l’atelier IDM© dirigé par Jean-François Octave. C’est un lieu très dynamique dans lequel il y a une grande effervescence. Ce qui m’a attiré là-bas est un décloisonnement complet des médiums et une pluridisciplinarité affirmée. En tant qu’étudiant cela se traduit par une grande liberté. A tel point que je me suis retrouvé à explorer le son dans un atelier d’image, la rencontre entre les deux a vraiment été intéressante. Mes projets « scolaires » et mes projets « extérieurs » sont devenus indissociables, car l’école n’exigeait pas de moi de produire des oeuvres particulières.

Sortir de l’école à été possible grâce eu programme Emergences Sonores initiées par Transcultures. J’ai participé à mon premier City Sonic en 2010 et de fils en aiguilles les propositions sont arrivées. C’était très intéressant ce double rapport entre une incursion assez franche dans le milieu professionnel et le cocon qu’offre l’école. C’est la possibilité de rester dans un état de recherche très libre et de se tester en condition réelles dans un même temps. Le rapport au public modifie incontestablement mon approche des choses, car il permet de décortiquer la successions d’actes inconscients qui mènent à l’élaboration d’une pièce, c’est une sorte de miroir.

Transcultures : Vos oeuvres tournent souvent autour du son ? Quelle est la différence pour toi entre le son et la musique ?

Arnaud Eeckhout : Oui, le son est une lubie chez moi, je suis complètement fasciné par les propriétés physiques et psychiques de ce phénomène. La musique agit comme un filtre entre nous et la réalité, elle modifie notre perception des choses, elle a un pouvoir dramaturgique énorme.

Le son à quant à lui une place à part dans la représentation, un pouvoir d’évoquer un lointain soudain si proche. Je suis au départ musicien et le son s’arrêtait là pour moi. J’ai eu l’occasion de suivre une conférence de Philippe Franck sur l’histoire de l’art sonore et j’ai compris que, sans savoir que cela existait, c’était ce que j’avais toujours voulu faire. J’aimais l’idée de faire tomber les règles strictes et mathématique de l’agencement sonore, de l’harmonie qu’implique la forme musicale. Ces contraintes faisaient de moi un très mauvais musicien.

Avec l’évolution de ma recherche, la différence entre musique et son, tend à se désagréger. Notamment grâce à des musiciens comme Cage et ses processus de compositions dans lesquels l’aléatoire devient le centre de gravité. C’est la recherche d’une musique organique.

Traditionnellement, la musique fourmille de conventions qui la distingue du son brut, mais au fond, chaque phénomène sonore contient sa musicalité.

Transcultures : Avez vous des projets où le son ne serait pas la matière principale ?

Arnaud Eeckhout : Je commence à avoir envie de m’aventurer vers des territoire « non sonores ». Cela résonne un peu comme un défi pour moi de réussir à faire tenir une pièce sans son. Mais j’y pense de plus en plus sérieusement, j’ai des envies, des choses qui m’amusent. J’ai déjà lancé un projet d’interventions sauvages dans l’espace public. Je squatte des panneaux publicitaires lumineux laissés en friches. Je construis des images avec des déchets en plastiques colorés. C’est un work in progress.

Transcultures : Qu’est-ce que l’art numérique (ou les arts numériques) pour vous ?

Arnaud Eeckhout : L’art numérique est un pratique assez vaste avec ses différentes écoles. Pour être honnête, j’ai du mal à me définir comme un artiste « numérique ». Pour moi le numérique est un outil qui intervient de manière ponctuel dans ma pratique. L’ordinateur fait partie des dispositifs que j’aime détourner, dont j’aime tester les limites, au même titre que d’autres objets quotidiens.

Mes dispositifs sont généralement très « low tech », la simplicité apporte une magie qui me plait beaucoup. A l’heure du tout ordinateur, l’ambiguïté m’amuse beaucoup. L’an dernier nous avons présentés, à City Sonic 2012 puis au festival Nightshot (près de Carcassonne) en 2013, avec Vivian Barigand la pièce « Twist », une surface d’aluminium mouvante. Ce mouvement organique semblait être généré par un processus complexe, programmé par ordinateur. En réalité, il s’agissait de moteurs de boules à facette les plus cheap possible, cela crée dans l’esprit des gens une tension qui m’intéresse beaucoup.

Transcultures : Qu’allez-vous présenter à City  Sonic 2013 ?

Arnaud Eeckhout : La génèse de « Silence is more » se trouve dans une précédente installation « Music for Eps » (créée à City Sonic 2011). Cette pièce utilisait les battements produits à la surface d’un haut parleur diffusant une fréquence sonore inaudible pour l’oreille humaine (15 htz). Ce mouvement mécanique silencieux était utilisé pour agiter des matériaux et produire du son. C’est le passage de l’imperceptible au perceptible qui m’intéressait, comment donner corps à quelque chose d’imperceptible. Cela questionne notre perception, ses limites, ses failles et in fine ce que nous savons de la réalité. « Music for eps » créait un sorte de bruit blanc par l’entrechoquement des matières.

Depuis cette installation plastique, l’idée de silence à prit une place dans ma réflexion sur le son. Car au fond, le son prend sens par les interstices silencieux qui le précèdent et lui succèdent. En ce sens le silence est le contexte dans lequel le son se déploie. Cela est très bien mis en évidence lorsque nous parlons ou en musique. Miles Davis disait d’ailleurs qu’avec le temps, il jouait de moins en moins de notes.

Si on accepte l’idée que le sculpteur est un artiste de l’espace, alors le plasticien sonore est un artiste qui interroge en premier lieu le silence. « Silence is more » reprend techniquement un dispositif similaire à Music for eps mais tente de repousser plus loin les limites en générant une composition polyphoniques et évolutive sur base des perturbations physiques générées par des hauts parleurs silencieux.

Cette recherche est très importante pour moi, en dehors des questions liées à la perception que j’ai expliquées plus haut. Elle relève d’un questionnement métaphysique sur le matériau sonore: Comment du silence émerge le son?

Posté le août 13th, 2013 par transcultures.

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