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Simon Dumas, l’art du rhyzome transatlantique

Simon Dumas, dynamique directeur artistique de Rhizome Productions (de la littérature contemporaine aux arts interdisciplinaires, sonores et numériques) à Québec, est aussi un talentueux poète et artiste multimédiatique. Rhizome Productions (également efficacement défendu par son responsable administratif Yves Doyon) poursuit plusieurs projets en partenaire avec Transcultures dont « Les TransAtlantiques (long courrier) » initiés en 2013. La première étape publique a eu lieu à Québec au Mois de la Poésie qui a réuni, après une résidence dans les studios de Rhizome, les auteurs-performers belges et québécois, Werner Moron, Sébastian Dicenaire, Hervé Bouchart, Jean-Marc Desgents et les artistes audio Eric d’Orion, Martin Tétreault, Stephan Ink et Gauthier Keyaerts qui se sont rencontrés pour créer des performances inédites et singulières.

Le second volet des Transatlantiques prend place dans le cadre du festival City Sonic à Mons avec, après un deuxième temps de travail cette fois chez Transcultures, une présentation attendue dans la Sonic Garden Party (dans les jardins privés le 8 septembre 2013). Après une petit opus réunissant les textes de ces auteurs inclassables, Rhizome et Transcultures projettent de co-produire un disque reprenant le meilleur de ces confrontations audio-poétiques. L’occasion de revenir sur ces amitiés particulières qui ont donné lieu à des créations autres qui font joyeusement éclater les frontières des genres pour conjuguer des écritures audio-poétiques non conformistes.

Transcultures : Quels sont les principaux objectifs de Rhizome Productions ? Comment s’inscrit cette structure assez unique, dans le paysage culturel québécois ?

Simon Dumas : Rhizome est un générateur de projets interdisciplinaire dont la particularité est que la pierre d’assise de tous ses projets est la littérature. Le résultat est souvent un spectacle, en tout cas un objet vivant. La partie vivant de l’objet est souvent l’auteur, celui des textes utilisés dans la création. C’est que, voyez-vous, l’une des contraintes de création que Rhizome s’impose est de faire participer le (les) auteur(s) tant au processus de création qu’à la représentation. Le point de départ de la démarche est la lecture publique, mais comme ça fait maintenant treize ans que nous cherchons à faire se rencontrer la littérature (orale?) avec les créateurs d’autres disciplines artistiques, on peut dire que nous avons pris quelque distance avec la lecture traditionnelle.

Nous sommes très fiers d’avoir présenté ce que nous considérons être des spectacles de poésie dans des festivals d’arts numériques (entre autres, via Transcultures qui nous a accueilli aux Transnumériques et à City Sonic). Ceci dit, nous flirtons aussi avec l’analogue et le brut. Dans le paysage culturel québécois, même si Rhizome jouit de reconnaissance de plus en plus étendu, notre travail se démarque de deux façons: 1) dans le domaine des arts vivant, notre approche littéraire particulière nous distingue; 2) dans les cercles littéraires, c’est notre pratique interdisciplinaire, souvent numérique, qui nous sort du lot.

Transcultures : Vous avez souvent développé des collaborations avec la Fédération Wallonie-Bruxelles dont le projet « Atomes » réunissant des écrivains, des artistes audio et numériques (présenté au Québec et à Bruxelles, à la Bellone, dans Les Transnumériques en 2008), qu’est-ce qui motive plus particulièrement ces liens à la fois artistiques et amicaux ?

Simon Dumas : C’est la rencontre. Entre des artistes, des individus. Entre des cultures aussi. Ces projets de coproductions sont extrêmement enrichissants tant sur le plan humain qu’artistique. Et les liens qui se développe en chemin sont forts et durables. C’est le cas avec Thomas Israël (artiste avec lequel travaille régulièrement Transcultures), par exemple, qui fut très impliqué en tant que vidéaste et plasticien dans Atomes.

Transcultures : En tant qu’artiste poète et visuel, vous avez déjà été invité à City Sonic en 2009 pour présenter votre installation « Fade out » à Mons, quel a été votre vision de ce festival  et de ce qu’il défend  : la création sonore, dans sa diversité et dans l’espace urbain et patrimonial ? Quels liens voyez-vous entre une poésie contemporaine performée et les arts sonores ?

Simon Dumas : La position artistique de City Sonic n’est pas sans affinité avec celle de Rhizome. Les racines de cette manifestation unique sont solidement plantés dans les arts sonores, mais son expression peut passer par les autres arts. Je vois en City Sonic, un festival ayant de solides et, surtout, claires fondations artistiques lui permettant de garder une ouverture et une diversité de pratiques sans s’égarer. La convivialité de l’événement, voire la camaraderie, entre les artistes invités et tous ceux qui s’impliquent sans compter dans le festival, ça aussi c’est extraordinaire sans parler de la qualité des propositions, évidemment!

Transcultures : D’ou vient l’idée du projet « Les TransAtlantiques (long courrier) » ? Quel en est le principe ?

Simon Dumas : « Les TransAtlantiques », c’est ça, justement, une rencontre particulière. Entre un auteur québécois et un artiste audio belge (X2) et un artiste audio québécois et un auteur belge (X2 aussi). Quatre duos donc. C’est aussi un dialogue, échanges, s’étalant dans le temps. L’artiste audio a envoyé une première pièce à «son» auteur, lequel lui a répondu par un texte original. À partir de ce texte, une nouvelle pièce fut composée. C’est cette dernière qui est présentée au public. Et la prestation aussi est une collaboration. J’aime que chacun doive (un peu) sortir de sa zone de confort pour aller à la rencontre de l’autre.

Transcultures : Après la première partie de ce projet présentée lors du Mois de la Poésie à Québec en mars 2013, le second volet sera proposé dans le cadre de la Sonic Garden Party à City Sonic, un cadre très différent. Comment ces formes singulièreres s’adaptent-elles au contexte et rencontrent-elles des publics différents ? Comment voyez-vous le développement de cette initiative et d’autres projets avec Transcultures et autres partenaires transatlantiques ?

Simon Dumas : Contrairement à un projet antérieur qui était quelque peu similaire, Nouvelles vagues (qui procédait du même genre de jumelage et de démarche), les prestations des « TransAtlantiques » sont très axés sur la performance et demeure très vivant, voire mouvant. Je sais que les duos sauront s’adapter à n’importe quel contexte de diffusion. Par ailleurs, celui des jardins m’allume vraiment !

Quant à l’avenir, afin de donner un second souffle à ces textes et ces pièces, à ces présences, nous travaillons présentement, en collaboration avec Transcultures, à mettre sur pied une installation, une machine à présence poétique et sonore que nous appelons pour l’instant Chœur(s). Il s’agit d’un dispositif de multi-projection vidéo à neuf surfaces. La diffusion, tant vidéo qu’audio, se fait sur 360 degrés. Un chœur de neuf poètes y prennent la parole tandis que les pièces audio qui y sont associés sont diffusés par système à 14 canaux.

C’est là un des projets que nous comptons développer avec Transcultures avec qui il est peu de dire que nous avons des atomes crochus.

Propos recueillis par Philippe Franck pour City Sonic 2013

Posté le août 16th, 2013 par transcultures.

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