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Isa Belle, l’art du bio glamour

Artiste du corps et des sens, Isa Belle collabore depuis 2005 avec Paradise Now (artiste audio et co-concepteur de ses œuvres). Ensemble, ils ont créé plusieurs performances et installations où se conjuguent les dimensions artistiques, sonores et thérapeutiques, qui ont été diffusées dans de nombreux festivals et centres culturels internationaux.

Pour Park in progress#7 et City Sonic#11, (exposition Sounds in Progress visible du 7 au 21 Septembre sur les site des anciens Abattoirs), ils proposent une nouvelle installation cette fois interactive, leDo Deca Etre accessible à tous les amateurs de bien être sur la pelouse du Site des anciens Abattoirs à Mons. L’occasion de rencontrer cette lumineuse artiste/masseuse « bio glamour ».

Transcultures : Le bien être du corps et le développement spirituel occupent une place centrale dans votre démarche artistique. Vous avez d’ailleurs une formation de masseuse holistique. Pouvez vous nous résumer votre expérience et philosophie ?

Isa Belle : Cela fait une vingtaine d’années que je travaille avec et sur le corps à travers différentes pratiques thérapeutiques issues de cultures variées. C’est à partir de cette exploration du corps que j’approche une dimension spirituelle (plutôt que religieuse) qui en retour nourrit ma pratique et mon approche non seulement au niveau artistique mais aussi holistique. Il s’agit d’appréhender le monde comme un tout et chaque chose comme un monde. Cette vision imprègne également mes performances et installations avec lesquels je tente d’offrir un moment non seulement de bien être mais plus encore de recentrement, en alliant aussi les apports de l’art contemporain avec ceux des arts sonores mais aussi avec une touche de glamour qui correspond aussi à ma personnalité. C’est aussi une sorte de parade contre une forme de morosité actuelle. Chaque jour, je tente de rester ouverte à la beauté des choses, même celles qu’on ne voit pas d’habitude, et de les partager, de susciter ce désir ou cette magie, qui sont une nourriture essentielle pour nous assumer et vivre mieux dans notre monde trop souvent agressif et parasité.

Transcultures : Depuis 2005, vous travaillez en collaboration avec Paradise Now (traitements électroniques et design sonore, textes et co-conception) sur plusieurs projets d’installations (Fly Wash, La douche sonore…).Comment est née cette collaboration et comment s’est-elle développé depuis ?

Isa Belle : Cela a commencé par une belle rencontre entre deux personnes apparemment très différentes mais dont les recherches essentielles se croisent et qui s’avèrent très complémentaires. Notre première collaboration a été pour la création des « massages sonores » que nous avons lancé en 2005 lors de City Sonic à la Médiathèque de Mons (en vitrine) et qui depuis n’arrête pas de tourner en Belgique et dans le monde, pour notre plus grand bonheur et de ceux qui en bénéficient. Comme pour la plupart de mes créations, j’ai d’abord rêvé ce qui allait devenir une œuvre aussi artistique (tout en étant thérapeutique puisque j’ai réadapté une technique ancestrale tibétaine chamanique) et Paradise Now m’a aidé à la mettre en œuvre et a également composé une bande-son à partir de bols tibétains et en cristal sur laquelle je joue une partition libre et personnalisée en fonction de ce que me renvoie la personne qui reçoit (et émet également) ces vibrations.

C’est en écoutant son corps que je peux en jouer et trouver les sons les plus harmonieux pour elle. Ensuite nous avons eu une commande, en 2007, du manège.mons et de Lille3000 pour créer une performance-installation, Ojaskar (la lumière du corps en sanskrit) inspirée par la grâce et la sensualité des femmes indiennes (avec l’apport également de Régis Cotentin à l’environnement vidéo à partir de films indiens, avec lequel nous avions déjà collaboré pour le clip les massages sonores) qui a été monté dans les Maisons Folies de Mons et de Maubeuge. Nous avons également imaginé une autre version – verticale- des massages sonores, plus immédiate, en « douche sonore » dont la première a eu lieu au Festival Les Folies (Maubeuge) avec, pour la première fois, un volet électronique (une vraie douche où l’on pouvait doser des sons, des odeurs et des lumières).

En 2011, nous avons été plus loin dans cette direction double (sons acoustiques et traitements électroniques) en proposant une installation plus monumentale, Fly Wash, sorte de car wash à plumes odorant (toujours les huiles essentielles) et sonores (le visiteur déclenche des sons à mesure qu’il marche sur un tapis interactif). Ce dispositif présenté dans l’Espace des possibles de la Maison Folie de Mons a reçu un accueil très chaleureux du public et nous allons retravailler sa dimension interactive et sa mobilité pour pouvoir le montrer à nouveau. Enfin se concrétise cette année, également un rêve devenu réalité, un autre dispositif acoustico-interactif, le Do Deca Etre où là encore nous nous complétons entre d’une part mon approche performative et sensorielle et d’autre part, le côté plus « numérique » (toujours dans une certaine simplicité, ce qui compte pour nous, c’est bien la relation à l’autre et non la technologie en soi) mais également soucieux des sens et du visiteur/acteur de mon complice.

Transcultures : Vous avez déjà participé à la quatrième édition de Park in Progress organisée par les Pépinières européennes pour jeunes artistes au domaine de Saint Cloud, avec Gauthier Keyaerts. Comment s’est développée cette collaboration ? Comment envisagez-vous cette nouvelle édition, ici en Belgique, et que représente pour vous plus généralement Park in progress ?

Isa Belle : Park in progress nous a donné l’opportunité de créer une performance ensemble sur la pelouse du domaine de Saint-Coud, avec Gauthier Keyaerts, musicien électronique et artiste également soutenu régulièrement par Transcultures, dont je connaissais et appréciais le travail audio organique mais avec lequel je n’avais jamais collaboré. Pour Transonic live bowls, il a traité les sons des bols en cristal en y ajoutant d’autres parfois très organiques (pommes de pain, divers végétaux…). Le tout donne un set d’une vingtaine de minutes assez ambiant mais également matiériste avec un crescendo. Les visiteurs sont invités à nous entourer assis sur des transats ou à même la pelouse pour se laisser emporter et sentir ses vagues sonores où nous jouons avec la limite entre acoustique et électronique. Depuis une résidence à la Saline Royale (cité des utopies à Arc-en-Senans) en automne dernier, nous jouons Transonic Live Bowls à trois avec également Paradise Now à la guitare, voix, claviers, ce qui donne une formule plus musicale mais tout aussi relaxante et vibrante pour les auditeurs.

Pour revenir au projet Park in progress, c’est une expérience assez unique de se retrouver pendant une semaine avec tous ces artistes issus de pays et de pratiques différentes ; c’est à la fois enrichissant, inspirant, plein de rencontres stimulantes (qui peuvent donner lieu à des collaborations inédites) et très exigeant car nous avons finalement peu de temps pour aboutir à une création publique qui se livre « telle quelle » et sans recul. Cela fait également partie du processus créatif : se laisser happer par les choses, jouer avec le contexte, le lieu, les partenaires… se jeter à l’eau avec une belle énergie.

Transcultures : Pouvez-vous nous présenter votre nouveau projetDo Déca Etre que vous allez proposer pour Park in Progress à Mons (et dans l’expositionSounds in progress pour la parcours City Sonic) ?

Isa Belle : Le dodécaèdre est une structure en bois de 12 côtés avec des vertus énergisantes connues depuis l’antiquité (c’est un des solides de Platon avec la pyramide, le carré, etc.). C’est une onde de forme très puissante qui régénère la personne qui pénètre dans son espace et qui rentre en écho avec nos cellules (notre ADN a également cette forme comme la molécule d’eau dont nous sommes composés majoritairement). A partir de cette structure, je travaille avec un dispositif de 2,50m de haut en hêtre, tilleul et cuivre dans lequel le visiteur déclenche une composition de 12 minutes (faite avec Paradise Now) réalisée principalement avec des gongs, des clochettes, des bols en cristal, des voix et des percussions sans aucun traitement électronique. Il peut profiter de cette espace méditatif. C’est la partie « installation » qui est proposée dans Sounds in progress aux anciens Abattoirs, mais le dispositif peut également servir à des performances (chorégraphie, sons joués en direct, texte dit ou autre) avec des fumigations d’herbe et d’encens; c’est ce volet collaboratif que je vais travailler pendant le temps de résidence de ce Park in progress à Mons.

Transcultures : Vous avez été programmée dans plusieurs lieux et festivals d’art numérique importants (Bains numériques, VIA, L’Ososphère, FEST,…), alors que votre pratique artistique est principalement axée sur l’acoustique. Comment expliquez vous cela ?

Isa Belle : Il me semble qu’avec l’omniprésence des machines et des technologies numériques, on a d’autant plus besoin de retrouver le toucher, l’odorat, l’écoute…être en contact direct avec nos sens. Peut être que ces événements ont également – inconsciemment – besoin de programmer une sorte d’antidote pour contrebalancer un côté clinique, distant… D’autre part, les sons produits avec les bols et les instruments rituels que j’utilise n’est parfois pas éloigné de certaines musiques électroniques dites « expérimentales » ou « ambiantes » et certainement proche d’un art sonore qui replace la matière au centre de l’écoute. Toutefois, les sons électro (ou plus techno) produisent plutôt explosifs (faire sortir du corps) alors que les sons que j’utilise notamment avec les bols vont dans un mouvement inverse (rentrer profondément dans le corps par nos cellules).

Propos recueillis par Pauline Maillet pour City Sonic 2013

Posté le septembre 12th, 2013 par transcultures.

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