mashtacycle - Gautier Keyaerts, Christian Frisson et François Zajega - citysonic-2013

Machta Cycle – interview de Gautier Keyaerts + Christian Frisson + François Zajega

MashtaCycle 1.0 est un dispositif interactif qui repose à la fois sur la technologie et sur l’instinct, sur l’improvisation. Une fois plongé au cœur de ce système, sorte de nouvelle lutherie numérique, l’artiste (ou le public) navigue via des mouvements au cœur d’une série de collections de sons créées au préalable, adaptées au fonctionnement de MashtaCycle 1.0, mais aussi au contexte et à la situation.

Le projet a été produit par Numédiart/UMons, Transcultures (avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles – cellule arts numériques) et regroupe trois créateurs au talents complémentaires : Gautier Keyaerts, Christian Frisson et François Zajega.

Transcultures : Quel est votre parcours personnel ?

Gautier Keyaerts : Je suis avant tout musicien / performer / compositeur, mais je suis également fasciné par l’image, que j’utilise non seulement à travers mon métier de journaliste (je suis critique cinéma), mais aussi de manière artistique depuis longtemps. De manière discrète certes, mais cela change depuis 2/3 ans, depuis que j’ai pris goût au monde de l’installation. J’œuvre actuellement sur de nouvelles configurations de concerts, pour mes différents projets: Aktivist, Very Mash’ta, Supernova…

Christian Frisson : J’ai eu un parcours scientifique d’ingénieur puis de doctorant, toujours influencé et teinté par les arts numériques. Ma recherche actuelle est de concevoir des interfaces utilisateur (entrée gestuelle « main » et visualisation) pour la navigation dans les contenus multimédia (audio + vidéo) organisé par similarité.

François Zajéga : Mon site est relativement bien tenu > frankiezafe.org. J’utilise également twitter pour des choses plus anecdotiques et tumblr pour une veille « inspirative ».

Transcultures : Pouvez-vous me décrire la genèse du projet (ou de votre entrée dans le projet)?

Christian Frisson : Mi 2012 je cherchais des compositeurs du son qui seraient intrigués à l’idée de proposer des collections de sons pour LoopJam qui serait présenté à Citysonic 2012 sous les Galeries de Bruxelles. Je suis tombé sur la vidéo de la soirée Synchronicity#2 avec Gauthier Keyaerts versus Thomas Israel @ Galeries (Bruxelles) le 12 mai, n’ayant pas pu y assister. Passionné par les films de genre comme (je l’ai appris plus tard) Gauthier, je l’ai directement contacté pour LoopJam. De fil en aiguille nous avons constaté nos atomes crochus et bits/beats alignés. L’un consommant des CDs Subrosa, l’autre les créant. MashtaCycle est né d’une conjugaison d’un artiste collagiste qui voulait lever le nez de sa table de DJ et d’un ingénieur passionné par la conception d’interfaces tangibles.

L’arrivée de Fabien Grisard (alors en Master recherche Art, Science, Technologie à Grenoble) pour son travail de fin d’année à l’Institut numediart a destiné cette première version de MashtaCycle, d’abord centrée sur l’interaction sans contact, à l’aide d’une caméra type Kinect de consoles de jeux vidéo. Nous laissons une part à l’improvisation et à l’inconnu, tout en s’assurant de flotter sur l’océan de sons (comme David Toop).

François travaillant le trait et les visuels de sorte que leur spectateur se sentent happés dans son monde, louant les disques de la collection Archipels de La Médiathèque, et étant également ingénieur à l’Institut numediart, le tryptique interaction/son/visualisation s’est vite consolidé. Le triangle, la forme la plus stable de la nature ?

François ZajégaChristian m’a invité à participer au projet sur le trajet vers Numediart Mons-Bruxelles. Il se passe plein de chose durant les pauses café/clope et les trajets (sourire). Je ne connaissais pas Gauthier personnellement, je savais par contre qu’il avait collaboré avec Thomas Israel sur plusieurs projets.

La relation avec Gauthier a bien démarré, dans le sens où il a de suite compris que je ne voulais pas apparaitre en temps que chercheur numédiart dans le projet, mais comme artiste associé.

Transcultures : Gauthier, tu es plutôt dans une recherche sonore et musicale, quel est ton rapport avec la recherche arts + technologie + science ? Qu’est-ce que ta collaboration avec Transcultures t’apporte à ce niveau-là ?

Gautier Keyaerts : Huuuuuuum, j’ai pris la tangente, pour des raisons que je n’expliquerai pas ici, mais à la base… j’étais dans un corpus d’études basées sur les sciences et les mathématiques. Je me suis retrouvé un peu par hasard dans le monde de la communication, dans lequel j’ai retrouvé – parfois – le goût de la recherche et des systèmes rigoureux et structurés. J’ai le soucis du détail…

Travailler avec des ingénieurs (de numediart) m’apporte énormément. Je me sans tout aussi bien dans l’artistique que dans le pôle plus technologique, même si je ne nie pas être béotien en matière d’art numérique. Mon passage, assez long au sein de numediart (merci à Thierry Dutoit, le directeur) est une bénédiction, je dois l’avouer.

Transcultures a été la porte ouverte sur cette optique son/technologie/installation, etc. Je connais Philippe Franck (directeur de Transcultures) depuis près de 20 ans déjà, mais nous nous sommes perdus de vue très longtemps. Lors de nos retrouvailles, à l’occasion des Transumériques 2008, j’ai immédiatement ressenti le besoin d’explorer de nouveaux langages artistiques… et il m’a toujours laissé la possibilité de le faire (de plus en plus), tout en prodiguant de judicieux conseils.

Après 2008, j’ai également initié, une fois de plus par hasard chanceux, des collaborations avec Natalia de Mello, puis Thomas Israël. Ils m’apportent beaucoup, et m’ont ouvert les yeux sur d’autres formes d’art. Merci également à eux.

François Zajéga : Transculture est un maillon important du projet, dans le sens où il donne la possibilité de coproduire, mais également de montrer le projet en temps qu’oeuvre. Une structure de production associée à une platefrome de diffusion, c’est pas du luxe (sourire).

Transcultures : Pouvez-vous me décrire quel à été votre travail dans ce projet et la performance qui y est liée ?

Gautier Keyaerts : Coordination de l’aspect artistique, création des banques de sons et de vidéos (que vous ne verrez pas vraiment, elles se combinent discrètement avec les magnifiques motifs génératifs de François), prendre à la fois la position de cobaye et de consultant, notamment à propos de la sélection des gestes de contrôle en performance. Enfin voilà en quelques mots.

Christian Frisson : Je suis à l’origine et l’interlocuteur de la plupart des applications artistiques et interactives ayant utilisé le framework MediaCycle développé à l’institut Numediart de l’Université de Mons. MediaCycle sert à classer du contenu media (audio,video, texte…) par similarité, issue du traitement du signal. Suite à l’installation LoopJam présentée pour Citysonic 2012, j’ai développé un nouveau moteur son qui permet d’appliquer des effets audionumériques en plus de la navigation interactives des sons. J’ai aussi proposé un sujet de travail de fin d’études d’ingénieur et ai encadré Fabien Grisard dans le cadre de son Master Art, Science, Technologie » pour qu’il développe une première version du système de reconnaissances de gestes avec lesquels les effets sur le son et les visuels sont contrôlés.

François Zajéga : Mon apport est clair, parce que séparé du noyau du projet (les application audiocycle et fubi) . Je me charge de l’aspect visuel, en utilisant des techniques que j’adore : du génératif réagissant au son et aux personnes présentes. La collaboration avec Gauthier a été productive. La froideur technique de mon approche habituelle est contrebalancée par l’utilisation de vidéo filmée par Gauthier, qui me l’a fournie comme matière et m’a laissé libre de la retravailler à ma sauce.

Transcultures : Pouvez-vous me décrire les technologies qu’utilise le projet ?

Christian Frisson : MashtaCycle combine des technologies éprouvées et actuelles, des domaines du multimedia et de l’interaction humain-machine. Notamment :

- les sons sont organisés en galaxie par leur similarité analysée par traitement de signal à l’aide de MediaCycle précité, ainsi des sons par exemple de même timbre ou instrument de musique se retrouvent dans une même constellation, on navigue et improvise ainsi de proche en proche;

- le nouveau moteur son créé pour MashtaCycle utilise le Sound Synthesis Toolkit des prestigieuses universités de Princeton (USA), Stanford (USA), McGill (Canada), ainsi chaque son peut avoir ses paramètres de lecture (vitesse, sens, bouclage, granulation) et d’effets audionumériques (reverb, artefacts émergents de la granulation);

- les visuels de François reposent sur des technologies des jeux videos (OpenGL et Frame Buffer Objects) et puisent leur inspiration dans les recherches autour de la vie artificielle pour leur inférer un rendu génératif;

- l’interaction est gestuelle et sans contact à l’aide d’une caméra de profondeur Asus Xtion (plus compacte qu’une Microsoft Kinect), avec laquelle nous détectons et reconnaissons des gestes assignés à la navigation et la manipulation des sons, aux visuels génératifs, à l’aide d’une version modifiée du Full Body Interaction Framework de Felix Kistler de l’Université d’Augsburg (DE).

François Zajéga : Pour ma part, un prototypage en processing, version de production en openframeworks avec recours massif à la 3D.

Transcultures : Quels sont vos futurs projets (communs ou séparés)

Gautier Keyaerts : Je viens de terminer la B.O. – en compagnie de Stéphane Ink – d’un superbe court-métrage : « Le cinéaste et l’inverse », de Jonas Luyckx et Annie Lafleur. Vous aurez très certainement l’occasion de le croiser en festival. Et très récemment, J’ai commencé à travailler sous l’impulsion de Christian Frisson sur un nouveau projet lié au concept d’hyper télévision… je peux vous assurer que ça va décoiffer (Enfants non admis!). Nous allons également participer au KISS (Kyma International Sound Symposium), qui prendra place à Bruxelles du 12 au 15 septembre.

Pour le reste, j’ai une performance importante prévue à Bruxelles au mois de novembre… plus d’infos bientôt.

Christian Frisson : Nous avons invité des artistes à scénariser ce que pourra être l’ère post-TV, à travers une session speciale Mediadrom de la conférence Multimedia Modeling qui se tiendra à Dublin début janvier 2014. En collaboration entre UMONS/numediart et ISIB/Laras, nous avons monté 2 équipes d’étudiants qui présenteront compétitivement, à la conférence internationale ACM UIST  (en Ecosse – octobre 2013), des prototypes créatifs d’utilisation de kits de pompes automatisées PumpSpark de Microsoft Research, pas encore disponibles dans le commerce. L’équipe Fontainas fera une interface fluide inspiré du sound design (Foley) et des films « splatter ». L’équipe FaceCloud génèrera une brume, des nuages, des fumées… méditatives et oniriques. Le projet Profondo Giallo, qui est un « fork », un enfant terrible de MashtaCycle, bénéficiera de ces milliaires.

François Zajéga : Je suis entrain de monter un projet d’art game à forme variable, un gros truc qui synthétise plusieurs de mes recherches plastiques. Il se nomme Tanukis pour le moment. Il consiste à créer des relations affectives avec une IA, un thème qui m’est cher depuis longtemps et que je n’ai jusqu’à présent pu qu’effleuré. C’est aussi une manière d’ouvrir une autre route pour mes projets que le marché de l’art. C’est aussi la possibilité de proposer une expérience artistique à un large public, à travers un médium si mal perçu que le défi en devient excitant.

Posté le septembre 17th, 2013 par transcultures.

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