Plongée au coeur du focus émergences sonores du festival City Sonic/Park in progress 2014

Pour cette douzième qui précède la déferlante Mons2015, Capitale européenne de la Culture, Transcultures (toujours en co-production avec le manège.mons) a opté, dans l’esprit de la précédente édition, de privilégier le défrichage de talents, l’accompagnement de projets audio interdisciplinaires in situ, et la mise en visibilité d’œuvres de jeunes artistes (moins de 35 ans) qui sont accueillis en résidence à Mons. Sur le site des Anciens Abattoirs qui leurs est ouvert, ils peuvent ainsi développer une nouvelle installation ou performance sélectionnée sur appel à projet préalable.

Cela s’inscrit totalement dans l’esprit du projet européen Park in progress, initié par les Pépinières européennes pour jeunes artistes et dont Transcultures est un co-organisateur un peu particulier, puisqu’il l’aura accueilli en tout deux fois, en 2013 et 2014. Tout en gardant son caractère interdisciplinaire, cette résidence est orienté sur le son dans toutes ses dimensions actuelles et s’inscrit donc dans la logique du festival City Sonic qui est y est associé.

Ce choix de résidence-création-jeune-artiste-nouveau projet se conjugue aussi avec la plate-forme transfrontalière pour les musiques innovantes Espace(s) Son(s) Hainaut(s)- ESH– initié par Art Zoyd, Le Phénix (scène nationale de Valenciennes) et le manège.mons en partenariat avec Transcultures, ainsi que dans le programme Emergences numériques et sonores que le Centre mène depuis plusieurs années avec Arts2 à Mons, mais aussi d’autres écoles d’art belges et françaises.

Ce sont donc au total, 25 artistes pour Park in progress, 3 pour ESH et 3 autres pour Emergences Sonores-Arts2 qui sont en résidence.

A cela vient finalement s’ajouter des résultats de workshops son-vidéo menés à l’Ecole Supérieur des Arts Saint-Luc (nouveau partenaire Emergences sonores et numériques), à Bruxelles en janvier dernier et une sélection du projet Sound’UP mené, depuis trois ans, par Art Zoyd avec des étudiants et jeunes artistes belges et du Nord de la France (aussi dans le cadre du projet ESH) dont les créations audio hybrides ont été présentées à Mons en mai chaque année.

Au vu des très bonnes réactions de l’édition précédente, il a semblé important à l’équipe de Transcultures et à son directeur Philippe Franck, de continuer en cette année de transition à privilégier cet axe. Plus que jamais, cet événement sera tourné vers la création contextuelle et la mise en relation des artistes/jeunes talents plus que prometteurs, vers des publics variés et des professionnels attentifs qui chaque année visitent le festival.

Le festival s’ouvrira le 11 septembre à partir de 13h00 pour une table ronde, à 18h30 pour le parcours City Sonic, à 20:00 pour la Nuit de la jeune création européenne et se terminera au Bateau Ivre par une City Sonic Party… Le festival s’étendra jusqu’au lancement de la Quinzaine Numérique Mons, le 27 septembre.

Vous pouvez retrouver le programme complet sur le site ou consulter/télécharger la brochure de City Sonic/Park in progress ou celle de l’exposition Vice Versa 1.0 pour retrouver toutes les infos dans le détail.

 

City Sonic + Park in progress@Mons 2014

Plongée au coeur du focus émergences sonores avec Philippe Franck, directeur du festival

 

A côté de ce volet Emergences sonores et Park in progress qui nourrit le parcours de cette édition, il y a encore des événenements ou projets particuliers (la Sonic Garden Party, les Partages d’écoute, les ateliers Sonic Kids, la Sonic Radio…) qui ponctuent et caractérisent le festival. Sont-ils aussi une marque de fabrique City Sonic ?

Philippe-Franck-at-night-Brussels_Transcultures-2014Philippe Franck : Tout-à-fait ! Les dimensions parcours/exposition nomade, événements mais rencontres et ateliers sont pour nous complémentaires. Nous avons depuis plusieurs années développées ces événements made in City Sonic également dans un esprit convivial et/ou une volonté pédagogique.

Cette année la Sonic Garden Party propose dans trois jardins privés de la rue des Compagnons, dans le quartier historique du Beffroi, deux solo : le compositeur belge Baudouin De Jaer autour de sa lecture personnelle, au violon, de l’œuvre musicale de l’artiste brut Adolf Wölfli (dont il a sorti, en 2011 un très beau livre-CD, « Analyse des crytptogrammes musicaux/The heavenly ladder » chez nos amis du label Sub Rosa) et le saxophoniste Maurice Charles JJ (membre par ailleurs du truculant duo Anal+, improvisateur de grand talent qui avait participé à Park in progress l’année dernière avec une belle création audio-visuelle avec Gilles Peetermans, qui a créé un composition « soundscape » spécialement pour cette occasion).

Et nous finirons cette Sonic Garden Party par un duo haut en couleur, Quasi una fantasia avec la diva belgo-autrichienne Christina qui marrie chant lyrique, violon et relectures sensibles du répertoire ainsi que des créations sobres et touchantes avec le claviériste-guitariste bruxellois Pierre Jean Vranken (qui joue aussi dans Anal+, Merdr et autres formations alternatives). Après, on offre l’apéro aux visiteurs qui viennent souvent en famille et ils peuvent rencontrer les artistes mais aussi nos hôtes d’un dimanche particulier.

 

 

Les Partages d’écoute (1 et 2) démarrés en 2012 à la médiathèque de Mons (qui propose aussi en location une sélection de productions discographiques d’artistes accueillis dans City Sonic) donnent carte blanche à un artiste, critique, mélomane… qui commente une playlist personnalisée sur un thème qui peut être assorti d’une conférence. Cette année, nous invitons Sébastien Biset, coordinateur du programme partenaire Archipel de PointCulture, mais aussi spécialiste des musiques expérimentales et sons aventureux, ainsi que Pierre Beloüin, artiste français (préalablement programmé à City Sonic plusieurs fois avec différentes installations, dont « L’homme-orchestre » où il se mettait lui même en scène dans un groupe rock) et directeur du label Optical Sound qui lancera le deuxième numéro de la revue éponyme (conçue avec les talentueux artistes graphistes Nicolas Ledoux et Pascal Bejean et j’ai apprécié le contenu et la forme du premier numéro auquel j’ai eu le plaisir de participer avec mon célèbre ami poète pop Gerard Malanga) à cette occasion et proposera un mix de ses productions. Il investira également dans le parcours, la vitrine du 7m3 avec des imprimés de la revue et une bande-son à partir de l’excellente compilation vinyle qu’il a produit, Music for Death (avec Coil, Christian Vialard, Simon Fisher Turner, norsq, Black Sifichi…).

L’aspect pédagogique et sensibilisation est pour nous essentiel et c’est pourquoi, outre une programme d’ateliers sonores et numériques proposées à l’année, le collecif belgo-italien Void apprendra aux enfants à créer leur propres haut-parleurs dans les espace du Frigo. C’est cette optique à la fois ludique et très concrète que nous privilégions en général pour ces ateliers de courte durée. Ces derniers rencontrent un vrai succès et une grande demande venant de différents types de structures (associations, centres culturels, festivals ou encore des centres plus spécialisés par exemple pour personnes handicapées…).

 

 

City Sonic émet aussi via son média, sa radio web temporaire, la Sonic Radio qui sera animée cette fois par Gilles Mallatray (notre compagnon de route lyonnais, créateur du blog desartsonnants) et Zoé Tabourdiot, réalisatrice de documentaire audio et vidéo qui rejoint l’équipe, toujours en partenariat avec YOUFM, notre radio montoise relais hertzien pour les contenus de la Sonic Radio.

A côté de ces événements « sériels », il y aussi au programme City Sonic 2014 des OVNI, tel la « performance médiatique » C2M1 de et avec Magali Desbazeille et Sigfried Canto qui, avec beaucoup d’humour et d’intelligence, repassent en revue notre rapport au langage et aux outils technologiques, depuis l’imprimerie jusqu’au sms.

Et puis l’événement de clôture de ce City Sonic#12 correspond au lancement de la Quinzaine numérique, manifestation fédératrice initiée par le Ministère de la Culture, en 2013, qui fait la part belle aux arts et cultures numériques dans plusieurs villes de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Transcultures avec le manège.mons ont co-produit l’exposition  et événement pluriel Vice Versa 1.0 (de la recherche à la création numérique) qui montrera, sur cette thématique, plusieurs œuvres immersives, participatives ou interactives (ouverte le 27 septembre à Arts2 et au Frigo) : Thomas Israël, Nicolas d’Alesandro, les Larbitsisters, Gauthier Keyaerts, François Zajéga… soutenues par Transcultures et l’institut de recherche numediart ainsi que d’autres (Fabien Zocco (lauréat de la résidence MAP), une sélection du festival Vidéoformes et des Vidéocollectifs).

City Sonic tient à cette souplesse, à ces collisions artistiques parfois inattendues et ce réel intérêt pour l’innovant qui permet d’intégrer aussi des projets plus numériques, du moment que le son y est travaillé avec une attention particulière, ce qui est le cas aussi pour les œuvres sélectionnées dans l’exposition Vice Versa 1.0. de la Quinzaine Numérique.

Qu’avez-vous retiré personnellement des expériences Park in progress menée à Mons, mais aussi au domaine de Saint-Cloud où ce projet nomade a démarré, la superbe abbaye de Panonhalma et sa forêt adjacente (Hongrie) ou encore récemment au workshop Park in progress mené à Luxembourg en juillet ?

Philippe Franck : J’apprécie, outre les partenaires européens de qualité, la dynamique du projet, son ouverture interdisciplinaire, son nomadisme préoccupé du contexte et de la rencontre avec l’autre, qui est similaire à la démarche et l’esprit de Transcultures. Park in progress, au-delà des artistes qui en sont son fer de lance, est également ouvert aux autres « professionnels de la culture » (techniciens, critiques…) et c’est sans doute une piste à exploiter encore d’avantage à l’heure des -sacro-saintes pour certains et très floues pour d’autres- « industries culturelles » sur lesquels nous nous interrogeons.

En 2013, à l’occasion d’un projet européen (M4m-m for mobility), nous avions d’ailleurs organisé sur cette thématique, un intéressant colloque (sans langue de bois aucune), qui, qu’on le veuille ou non, bouleverse la notion traditionnel d’art pour l’art.

Park in progress m’a aussi permis de découvrir de nombreux artistes talentueux, issus d’horizons très différents (du cirque à la danse, de la vidéo aux arts numériques). Certains, comme notre montois Stéphane Kozik, ont eu la chance de pouvoir développer plusieurs projets : Livescape avec le collectif éponyme à Saint-Cloud et Pannonhalma, Bodyscape avec deux danseuses hongroises et l’artiste multimédia Damien Perron à Mons et à Montreuil ; ou encore sa très belle vidéo, Strange meeting in an empty space, tournée près de Huesca en Espagne, avec la danseuse Julia Hadid évoluant au milieu d’une nuée de gentils vautours et qui sera présentée dans le parcours City Sonic. Sans Park in progress, toutes ces collaborations n’auraient sans doute jamais existé.

 

 

Je suis content au final – et je me réjouis aussi de participer aux prochaines éditions qui s’annoncent passionnantes et avec d’autres angles que la création sonore : Nicosie (organisé fin septembre, début octobre par Artos Foundation, qui touchera au cirque contemporain), Huesca (fin octobre sur le thème « fake » en lien avec le Festival Periferias) et Montreuil, dans les anciens studios Mélies, au nouveau siège des Pépinières européennes, avant la fin de ce projet européen (que nous avons envie de prolonger) fin décembre 2014.

 

 

Ce que vous avez expérimenté au travers des créations Park in Progress de ces éditions 2013 et 2014 vous amène à redéfinir certaines approches du festival ?

Philippe Franck : Des projets comme Park in progress (mais aussi comme la plate-forme transfrontalière Espace(s) Son(s) Hainaut(s)) nous engagent à ouvrir le festival pour y insuffler d’autres énergies, d’autres possibilités et aussi d’autres challenges. Ils renforcent la dimension européenne et au-delà « internationaliste » qui est la nôtre et qui ne s’oppose nullement à notre volonté d’aider aussi les talents « locaux » -au sens large- et à les mettre en relation avec ces réseaux.

C’est ainsi par exemple que Julien Poidevin, Cédric Sabato, Arnaud Eeckhout, Stéphane Kozik, Vivian Barigand, Gauthier Keyaerts, Isa Belle… et bien d’autres « s’exportent » régulièrement maintenant dans d’autres événements belges et à l’international. Les artistes comme les producteurs ont aujourd’hui plus que jamais besoin de ces échanges, collaborations, stimulations… qui font aussi partie d’une économie culturelle en mutation et qui doit trouver de nouvelles ressources.

 

 

Mons devenant une capitale européenne de la culture en 2015, des éléments spécifiques ont-ils été mis en place pour amorcer cette année ? Quelle sera l’influence de ce grand événement sur la programmation future de City Sonic et plus largement les projets de Transcultures ?

Philippe Franck : D’ores et déjà, nous renforçons, autant que possible, les actions de médiation et de sensibilisation qui sont essentielles tant pour faire passer auprès de la population le projet d’une capitale culturelle que celui d’un centre des cultures numériques et sonores en perpétuel évolution à l’instar des créateurs et des pratiques qu’il défend. Mons2015 a comme slogan initial « Quand la culture rencontre la technologie » et Transcultures est clairement situé à cette intersection-là, même si on ne peut pas tout résumer à cela.

Nous avons deux grands projets liés à nos festivals, Transnumériques (en juin et juillet 2015) et City Sonic toujours en septembre. Ces deux événements s’appuieront sur deux lignes de Métro Europa (lieux connectés du centre ville reliés par un parcours d’oeuvres confié à partir de mars 2015, à différents commissaires liés à des festivals ou centres internationaux dont Ars electronica/Linz, Elektra/Montréal, Le Fresnoy/Tourcoing et la Panacée/Montpellier).

En ce qui concerne City Sonic2015, le projet est encore en cours de programmation, mais la dimension foyers créatifs sonores du monde connectés sera un axe de travail. Nous allons travailler aussi en collaboration avec numediart (notamment pour le projet mobile « Voix des anges » de Nicolas d’Alessandro) et Arts2 (avec des étudiants qui assisteront un sculpteur sonore dans une œuvre monumentale qui pourrait s’implanter dans la grande cour du Carré des Arts) et aussi Plzen 2015, l’autre capitale européenne de la culture où nous proposerons en été un Art Camp à l’Université de Bohême occidentale pour accompagner des œuvres sonores de jeunes artistes tchèques désireux de plonger dans ces univers exploratoires. Nous avons d’autres noms bien sûr en pourparlers, mais il est un peut trop tôt pour les confirmer, car cela dépend éminemment de l’équation entre les lieux et les moyens disponibles, qui n’est pas simple… Nous tenterons en tout cas de faire entendre, là encore et peut être plus fort encore, la différence sonore et d’inviter à une écoute active, même dans une ville remplie de projets festifs et bruits en tout jour.

En cette année de Capitale européenne, nous accueillerons aussi (avec le soutien de Wallonie-Bruxelles International – dans le cadre des échanges bilatéraux Québec/Fédération Wallonie-Bruxelles) des créations co-produites avec Rhizome (Québec) dont l’installation audio-poétique interactive ‘Choeur(s)’ pilotée par Simon Dumas et deux performances intermédiatiques ‘Oracles’ qui seront créées à Québec en 2014 mêlant poésie/texte (Catrine Godin, Martine Delvaux), danse (Karine Ledoyen, Manon Oligny), vidéo/images numériques (Thomas Israël) et son (Paradise Now).

En 2015, Transcultures aura vingt ans et City Sonic, treize. Ca sera aussi l’occasion pour ces projets de se faire (bien, j’espère) voir/entendre, mais également d’évoluer, de se remettre en question aussi et, nous l’espérons, d’explorer d’autres possibles, de retrouver un autre souffle, tout en mettant à profit les acquis de toutes ces années de lutte transculturelle.

 

Transcultures 2014
Propos recueillis par Thibault Leclerre et Jacques Urbanska