Sonic Garden Party : La minima -musica- moralia de Quasi una fantasia

Programmé dans la Sonic Garden Party 2014 le 14 septembre à City Sonic, Quasi una fantasia apparaît comme un OVNI dans la sphère musicale européenne, quelque part entre opéra, minimalisme contemporain et expérimentation de traverse.

Formé par la « diva » austro-belge Christina Van Peteghem (chant, violon) et le musicien bruxellois Pierre-Jean Vranken (claviers, guitare, également membre du duo Anal+ avec le saxophoniste Maurice Charles JJ, également invité en solo, et précédemment du combo orienté avant électro, Belle du Parvis), Quasi una fantasia fait preuve d’une belle sensibilité dans un répertoire insolite au (post) romantisme tamisé. Rencontre avec Pierre-Jean Vranken avant d découvrir cet « alter duo » dans un paisible jardin du Quartier du Beffroi.

Comment est né le projet Quasi una fantasia et quel est son futur proche ?

Sonic-Garden-Party_quasi-una-fantasia-5_City-Sonic_Transcultures-2014Pierre-Jean Vranken : Quasi una fantasia est né d’une histoire d amour ! Et puis aussi de l’amour de la voix incroyable de Christina qui peut expérimenter tellement de choses à l’instar de Meredith Monk (artiste de la voix, compositrice, performer, cinéaste, figure majeure de la scène post-minimaliste américaine). On voudrait faire beaucoup de concerts et un disque aussi même si avec le développement d’internet cela devient un luxe qui apparaît peu rentable.

Qu’allez-vous proposer dans la Sonic Garden Party ? 

Pierre-Jean Vranken : Ce qu’on appelait des lieder auparavant (il y aura une version iconoclaste de Leiermann de Schubert), ce que j appelle pour ma part des » petites morales « , Minima moralia en référence au livre du philosophe Theodor W. Adorno.

Quelle est votre perception de City Sonic où vous êtes programmée pour la première fois ?

Pierre-Jean Vranken : C’est un festival qui m’apparaît salutaire dans un paysage sonore, par ailleurs, de plus en plus formaté et peu créatif.

Vous avez été longtemps programmateur musique au Botanique à Bruxelles. Comment avec quelques années de recul, analysez vous l’évolution du circuit pro musical, des salles et festivals en Belgique ? Vous avez lancé récemment  les nuits du beau tas… Que désirez vous montrer ou défendre dans cet événement off ?

Pierre-Jean Vranken : Il y a eu une évolution quantitative d’événements mais pas qualitative, avec plus de conformisme. Cependant, grâce à internet et les events Facebook, on a vu apparaître nombre d initiatives plus risquées et prospectives qui m apparaissent positives pour la création sonore.

C’est ce vent de liberté iconoclaste que nous voulons défendre avec les Nuits du Beau tas, événement musical intempestif qui déroule en mai durant le festival Les Nuits du Bota, en en off, dans divers lieux alternatifs bruxellois – Magasin 4, Bokal Royal, Impasse Temps, Café Central… – où la créativité et l’expérimentation sont encouragées.

Quel est la part d’improvisation et la « méthode de travail » dans Quasi una fantasia ? Comment se construisent vos compositions qui peuvent osciller entre douceur et tension ?

Sonic-Garden-Party_quasi-una-fantasia-3_City-Sonic_Transcultures-2014Pierre-Jean Vranken : Il y a effectivement une petite part d’impro dans Quasi une fantasia mais dans une structure fixe liée notamment à l emploi de loops dans certains morceaux. Christina et moi ressentons cette part d’impro comme une nécessité pour que notre musique reste vivante. Pour ce qui est de la méthode de travail, il y en a plusieurs. Soit je viens avec une composition et Christina y met sa voix comme elle le sent soit Christina a une idée et j’y greffe quelque chose mais cela reste toujours une interaction.

Je dirais que Christina a une approche expérimentalo-sensuelle de la voix après avoir digéré le chant lyrique traditionnel via –notamment- son père qui fut chanteur soliste à l’Opéra de Cologne (il a aussi participé à la création de « Die Soldaten » de B.A. Zimmerman) et après avoir écouté des grandes vocalistes/improvisatrices contemporaines comme Meredith Monk ou Joan La Barbara.

Quels sont les trois derniers disques tu as écouté là ? Quels seraient les trois œuvres musicales que tu prendrais sur une île déserte ?

Pierre-Jean Vranken : Je viens de découvrir un incroyable disque d’un nouveau groupe rock expérimental américain Blind Thorns programmé aux Nuits du Beau Tas (dans la lignée du groupe culte allemand CAN) sorti chez Cheap Satanism Records et le fabuleux disque des Back to… (triptyque pour piano)du compositeur belge Jean-Luc Fafchamps interprété par Stéphane Ginsburgh qui a réalisé plusieurs disques chez Sub Rosa. Pour le « best of île déserte », je prendrais évidemment un disque du compositeur nord-américain minimaliste Morton Feldman et peut-être le Pierrot Lunaire de Schoënberg! Et aussi le disque de Blind Thorns pour son énergie rock ou This Heat (groupe anglais de rock expérimental formé par Charles Bullen, Charles Hayward et Gareth Williams 1976-1982) mais ce choix impossible pourrait changer chaque jour.

Propos recueillis par Emilien Baudelot et Philippe Franck

 

Ecoutez aussi l’interview de la Sonic Radio