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Klaus Fruchtnis, une pratique trans urbaine

Klaus Fruchtnis participera (en collaboration avec Donald Abad) à City Sonic 2013 dans le cadre du projet européen de mobilité artistique « Park in Progress » avec une résidence qui donnera lieu à la « Nuit européenne de la jeune création » le 6 septembre 2013 à Mons, sur le site des anciens Abattoirs, en ouverture du festival. Il se définit, entre autres, comme « artiste digital ». Chercheur et professeur franco-colombien, il vit actuellement à Paris après avoir obtenu son DNAP à l’École Européenne Supérieure des Beaux Arts de Bretagne, à Rennes, et son DNSEP à l’École Nationale Supérieure des Beaux de Paris. Il fait également partie du programme de recherche ENSADLab à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris et il a, d’autre part, un master de recherche en design médias technologie : Arts & médias numériques de l’Université La Sorbonne – Paris 1. Son travail se base sur les champs de la photographie, du multimédia, du dessin digital et de l’expérimentation de médias.

Klaus Fruchtnis : Je m’intéresse à la ville et à ses habitants, ainsi qu’aux projets de design et de développement social et urbain. Avec mon travail, je questionne le pouvoir de l’image, son origine et son incidence dans le monde actuel de l’art, par le biais des nouvelles technologies, les différentes façons de la percevoir, ainsi que son influence dans notre vie quotidienne. Si je devais définir ma démarche en quelques mots, j’utiliserai ce proverbe chinois: « Dis-moi et j’oublierai. Montre-moi et je pourrais ne pas me rappeler. Implique-moi et je comprendrai ».

Sa démarche est transdisciplinaire : elle incorpore l’art, la technologie et l’espace. Elle crée des œuvres qui sont en constante interaction avec le public. Elles sont conçues comme des cartes : une constitution hétérogène en fusion permanente, en attente d’être lues par le public.

Klaus Fruchtnis : Dans ma pratique en tant qu’artiste, j’accorde de l’importance à la recherche conceptuelle, visuelle et technologique pour chaque projet. Mon travail se caractérise donc par la constante évolution et la méthodologie de recherche. Encrée dans mes origines en tant que personne multiculturelle (Europe et Amérique du Sud) et trilingue, qui a grandi dans plusieurs pays, il m’est plus facile d’assimiler et de comprendre les différentes cultures, qui nourrissent mon travail avec une atmosphère internationale et adaptable.

J’accorde énormément d’importance à la perception et à l’expression de mes œuvres dans l’espace physique, pas seulement en tant que surface ou par les médias utilisées, mais aussi comme espace physique dans lequel elles sont exposées. J’invite le public à participer, ou plutôt à explorer, chacune de mes œuvres créant une « relation fusionnelle », comme un événement, où l’avant, le pendant et l’après, sont des étapes très importantes de mon processus créatif.

De Klaus, Paolo Rosa du Studio Azzurro dit : « Il y a une sorte de sensation impressionniste chez Klaus Fruchtnis et dans sa façon de faire. Mais, contrairement aux grands peintres de la fin du 18ème siècle, qui ont traversé les champs à la recherche de la meilleure lumière du jour et le bon endroit pour donner naissance à leurs gestes et laissez leurs brosses être guidés par le vent, les couleurs, les odeurs et les sons de la nature… sa manière de sentir est le résultat d’un martèlement tenace et persistante du dur asphalte de la ville » (lire la suite).

Pourrais-tu nous dire quelques mots sur ton projet « Regards Croisés, que tu as réalisé avec les habitants de la ville d’Argenteuil ?

Klaus : Je pense que ce travail de terrain que j’ai commencé il y a 3 ans, est sans doute le projet qui rassemble tous les éléments de ma recherche actuelle et souligne les grandes lignes à venir. « Regards Croisés » est une commande publique faite par la ville d’Argenteuil, une œuvre mobile autour de l’environnement urbain, mon rôle en tant qu’artiste était de penser et développer une interface qui mettait l’accent sur l’aspect social et identitaire de l’espace de la ville. Par ma méthodologie de travail, mon intérêt pour le langage et l’image, et mon approche à l’espace urbain, cette œuvre proposait une réflexion sur la circulation et la rencontre dans la ville. Partir ou arriver, rester ou bouger, circuler ou s’arrêter, la ville est faite pour que nous soyons toujours en mouvement et en relation étroite avec l’autre.

Le cahier de charge de cette commande était assez précis: créer un lien social inter-quartier avec l’œuvre « Regards Croisés. » Retrouver l’essence de notre ville, un lieu de partage, de rencontre et de gratuité, tel était l’intention pédagogique du projet. Très intéressé par la recherche, la phase d’échange avec le public, voire pédagogique, dans ce projet est un point essentiel dans le développement de ma démarche.  Car pour moi, l’art numérique consiste en un dispositif relationnel qui veut générer des réactions en se fondant dans le quotidien. Ma démarche donc n’est pas seulement artistique mais elle véhicule une idée d’expérience collective. Ces expériences passées démontrent bien mon intérêt pour le développement d’un savoir-faire technique, son partage et sa diffusion auprès du public.

C’est projet m’a permis de développer d’autres projets similaires (comme « Correspondances Numériques » avec la ville de Rennes et « GPSme » avec la ville de Milan). Et, à ce jour, ces projets donnent lieu à un autre type de recherche avec The New School for Design – Parsons Paris par exemple, où je suis professeur. Je vais mener à la rentrée un laboratoire de recherche autour de la ville, « CITY SPACE : inside-out outside-in». Le développement de ma pratique autour du design relationnel, le sensitive training, les pratiques collaboratives, le social media, etc. m’intéressent aussi beaucoup.

Quand on lui demande comment à évolué sa recherche depuis qu’il a commencé en tant qu’artiste pluridisciplinaire, il insiste sur le fait qu’il préfère le terme « transdisciplinaire », car il mélange plusieurs disciplines dans un seul projet en même temps. Il croit que c’est cette « oscillation permanente entre différents champs, et le travail avec différents acteurs aussi (artistes, designers, architectes, etc.)« , qui a fait évoluer sa vision et son rôle en tant qu’artiste, et par la suite, a fait évoluer sa recherche par les questionnements techniques.

Klaus : Formé aux beaux arts, je suis passé par le dessin, la sculpture et bien d’autres techniques avant d’arriver au numérique. Je crois que cette longue transition de 10 ans a joué un rôle très important dans le développement de ma pratique et mon intérêt pour l’origine de l’image. Car c’est par la photographie argentique, et son procédée chimique influencé par des paramètres physiques, que tout a commencé. Je suis passé de l’image par ses composants (comme le pixel, la couleur et le noir et blanc) à la surface (réelle et virtuelle), puis au contact avec le public (installations participatives et évolutives) ainsi que la transmission et le partage de l’information (interfaces urbaines, design relationnel, réalité augmentée, etc.) tout en questionnant l’utilisation des dispositif numériques.

Je m’intéresse à différentes choses : la science, la technologie, l’architecture, l’urbanisme ; et j’essaie avec mes propres moyens d’artiste d’y répondre avec des questionnements qui génèrent quelque chose chez le public. La transdisciplinarité ne doit pas être seulement présente dans le processus créatif, mais aussi dans la triangulation de la lecture (public-œuvre-artiste).

Pourrais-tu me parler de ta première expérience Park in Progress, à Pannonhalma en Hongrie ?

Klaus : A Pannonhalma, Park in Progress #5, en 2012, était ma première expérience de résidence collective, mon expérience était positive et très intéressante. Car mon objectif était de partager et d’échanger avec d’autres artistes autour de mes propres questionnements artistiques dans un environnement défini ; et de démarrer un travail conceptuel et plastique in situ. Cette résidence m’a aussi permis de questionner, d’échanger et de créer un projet (en collaboration avec Rodolphe Alexis), ainsi que de participer et d’aider d’autres artistes dans leurs propres projets.

J’ai créé l’œuvre « Timeless / Időtlen« , une vidéo installation (2 projections de 8 x 2 mètres) et promenade en QR code (7 codes).

Je pense que ce genre de programme permet aux artistes de se rencontrer et d’échanger sur un lapse de temps très court, ainsi que de créer dans des contraintes très particulières et enrichissantes. En tout cas, je considère que l’expérience Park in progress permet aux artistes d’exprimer sur un court terme des idées qui peuvent prendre forme sur des collaborations dans le long terme. La preuve est que je suis toujours en contact avec certains artistes que j’ai rencontré en Hongrie (Matt Coco, Rodolphe Alexis, Carl Hurtin, Anne Sophie Turion, etc.), et nous échangeons régulièrement sur nos démarches et projets en cours.

Pourrais-tu me citer deux ou trois œuvres/projets ou artistes de qui tu te sens proche aujourd’hui ?

Klaus : Sans hésiter je pense aux pionniers de l’art numérique et à ceux qui questionnent le dispositif plutôt qu’à sa représentation formelle: Moholy-Nagy, Ben F. Laposky, Michael Noll, Jim Campbell, Kenneth Knowlton ou encore plus récent Michael Snow, Rafael Lozano-Hemmer, Daniel Canogar, Hiroaki Umeda… entre autres.

Mais je préfère citer deux livres qui sont, actuellement, dans l’intersection de ma recherche : « L’Art comme expérience » de John Dewey et «  Education for Socially Engaged Art » de Pablo Helguera. Ces deux ouvrages représentent pour moi l’état actuel de l’art et ouvrent une brèche pour que nous, les artistes, produisons des oeuvres avec du sens, où le public peu comprendre par expérience.

Quel sont tes prochains projets ?

Klaus : J’ai trois grands projets à venir (entre septembre et décembre 2013):

- Résidence Art & Science “D’un monde à l’autre” avec le Centre National de Recherche Scientifique et l’Université Paris-Est Créteil Val-de-Marne, Créteil, France. Il s’agit d’une rencontre avec le scientifique Christophe Morin, du laboratoire de recherche CNRS/CCRRET autour du thème « croissance, réparation et régénération tissulaire » et « le pixel » comme élément de langage de l’image.

 - Artiste invité pour la Nuit Blanche à Bogotá, Colombie.

- Direction du laboratoire de recherche «CITY SPACE : inside-out outside-in» en partenariat avec The New School for Design – Parsons, Paris et la Ville d’Argenteuil, France.

 

Propos recueillis par Jacques Urbanska, pour Transcultures/City Sonic – août 2013

 

 

Posté le août 6th, 2013 par transcultures.

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