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Vivian Barigand : identité-diversité-simplicité

Plasticien et musicien basé à Mons, Vivian Barigand est un étudiant prometteur de l’Ecole d’Arts Visuels de Mons, Arts2 qui a été sélectionné dans les « Émergences sonores et numériques », programme lancé par Transcultures (en lien étroit avec ses partenaires pédagogiques et culturels) tout au long de l’année afin d’encadrer les projets de jeunes artistes régionaux. On a pu apprécié son installation sensible Twist lors de l’édition 2012 ainsi que la vidéo Decoding rules (créée à l’occasion de l’exposition Ars Justicia à Liège et présentée pour la première fois, pour l’ouverture du 106, nouveau bâtiment de la Fondation Mons2015, à la fin de la onzième édition de City Sonic) également conçue avec son complice Arnaud Eeckhout (également sortant de Arts2).

City Sonic : Comment définirais-tu ta recherche en tant qu’artiste sonore ?

Vivian Barigand : Ma recherche autour du son est très instinctive. J’aime expérimenter, toucher à tout. Dans mon travail, je recherche des choses simples visuellement. Je reste attentif à ce qui m’entoure ; le son est partout autour de nous. L’expérimentation me pousse à faire des choses différentes les unes des autres. Par exemple dans le cadre de Daba Maroc, exposition-manifestation proposée récemment à la Maison Folie de Mons, je me suis attardé sur la statue d’un compositeur montois Désiré Prys. Avec beaucoup de respect pour lui, j’ai modifié, recomposé une de ses partitions classiques. Ainsi, elle s’est transformée en une espèce de poésie sonore expérimentale.

Dans mes recherches, le plus grand défi est de transformer le quotidien. Les exemples sont simples, prendre de l’aluminium ou des élastiques et leur faire prendre une route inattendue. Quand je parle d’aluminium je pense, bien entendu à l’installation, Twist, que j’ai créé avec Arnaud Eechkout, l’année dernière, à City Sonic (à la Maison Folie) puis que nous avons présenté au festival Nightshot à Carcassonne, en 2013, pour Mai numérique. Au final, c’est plutôt réjouissant de réussir à rendre poétique un morceau d’aluminium ou un bout de caoutchouc.

City Sonic : Comment en es-tu venu à utiliser le numérique dans les projets que tu réalises ?

V.B. : A l’heure actuelle, le numérique c’est tout et rien à la fois. Notre vie actuelle est constamment en lien avec le numérique. J’ai grandi avec ce type de média, et lorsque je propose une installation sonore minimale comme Geometric Space pour City Sonic présentée dans le cadre du projet européen Espace(s) Son(s) Hainaut(s), j’essaie de m’en éloigner un maximum.

Comme je l’ai dit au préalable, je suis à la recherche de simplicité, de minimalisme. J’essaie d’être efficace, de travailler avec le presque rien. Je pense que le numérique n’est pas la chose que l’on voit en premier dans mes installations sonores, c’est vraiment une volonté de ma part. Associé à la création finale , Smells like Mons spirit, de Damien Bourniquel (accueilli en résidence chez Transcultures en hiver 2011-012 dans le cadre des Pépinières européennes pour jeunes artistes), j’ai proposé une performance qui faisait beaucoup plus appel au numérique. Le dosage de numérique varie de l’intention. V vs SSSS était un alliage réactif de noise et de VJ.

City Sonic : Quels artistes/oeuvres t’inspirent aujourd’hui ?

V.B. : Les artistes que j’apprécie ne sont pas forcément dans le milieu des arts sonores. Je suis curieux, je fouine dans tous les sens, je veux toujours en apprendre plus. Je suis passionné par la diversité des pratiques artistiques, que se soit les arts plastiques, le cinéma, la musique ou la littérature… Pour n’en citer quelque uns, je trouve intéressant le travail de Jeppe Hein, Anne Veronica Janssens, Edith Dekyndt, Olafur Eliasson, On Kawara, Marina Abramovic, Sophie Cale, Larry Clark, David Lynch, Bouli lanners, Jack Kerouac, William S Burroughs, Paul Eluard, Trent Reznor, Thursthon Moore (Sonic Youth), Brian Eno, John Cage… et j’en passe des centaines. Il faut se nourrir de tout ce qui nous entoure, aller à un maximum d’expositions, de concerts, de performances… il faut vivre des choses afin d’en créer. Après tout, être artiste c’est un moyen de raconter une histoire.

City Sonic : Pour l’événément d’ouverture du 106, le nouveau lieu de la fondation Mons2015, tu vas présenter une vidéo intitulée Decoding rules réalisée avec le jeune artiste montois Arnaud Eeckhout. Comment est née l’idée de cette collaboration ? Peux tu nous parler plus en détails de cette oeuvre ?

V.B. : Cette collaboration est née du désir que nous avions, Arnaud et moi, de travailler ensemble depuis un moment. Nous étions dans les mêmes écoles, au secondaire et ensuite dans le supérieur. Nous avons plusieurs complémentarités, lorsque nous travaillons ensemble, il y a une réelle relation de confiance et une efficacité. Nous sommes sur la même longueur d’onde, animés par une passion commune. Travailler à deux, c’est vraiment enrichissant du point de vue des réflexions. Nous avons tout le temps mille idées à la seconde, ce qui aide a faire évoluer le travail de manière impressionnante. Entre nous il y a une amitié, j’imagine que nos travaux s’en ressentent. Il arrive souvent qu’on aille chez l’un l’autre pour avoir un avis sur nos projets du moment, nous nous conseillons souvent.

Dans le cas de Decoding rules, c’est une invitation d’Arnaud qui m’a beaucoup plus ; c’était un travail intense avec des échanges d’idées interminables. Toutes les dix minutes, nous avions une idée qui nous plaisait plus que la précédente. La demande d’Eric Therer pour son exposition-manifestation art contemporain qu’il a organisée au Palais de Justice de Liége était de faire une oeuvre avec un code civil. Si je me rappelle bien, pour cette vidéo c’est un peu plus d’une semaine de réflexion intensive, où nous avons émis tout un tas de projets farfelus. Ensuite, une semaine de tournage, et de nombreux jours de composition / montage. Pour enfin aboutir a cette déconstruction poétique du code civil !

City Sonic : Tu présentes également dans le cadre du parcours City Sonic (au site des Arbalestriers), une nouvelle installation intitulée Geometric space. Peux-tu nous parler de la génèse du projet et le présenter ?

V.B. : Geometric Space est un projet auquel j’avais pensé quelques mois avant de faire le Workshop Emergences Sonores proposé par Transcultures et coordonné par Stéphane Kozik cet été. J’ai plusieurs carnets dans lesquels je griffonne ce qui me passe par la tête. A l’origine, j’avais écrit une annotation telle que « expérimenter / élastique / fil de fer / ficelle / frottements / micro contact / pédale d’effets …. Geometric Space est parti de là. Le son de l’élastique m’a rapidement convaincu. En effet, l’élastique émet un son hypnotisant ; il laisse entrevoir une vibration et montre la fragilité en cédant au bout d’un certain nombre de répétitions, et ça repart quand on le remplace. Lorsque je conçois un projet d’installation, qu’il soit sonore ou non d’ailleurs, il faut avant tout qu’il me plaise personnellement. Mais je doit avouer qu’avant d’avoir vu le regard du spectateur émerveillé ou touché, je stresse énormément.

City Sonic : Plusieurs thèmes reviennent assez fréquemment dans tes oeuvres, comme la question de l’identité, l’ultraconsommation et notamment le rapport au corps. D’où te vient l’intérêt pour ces différents sujets ?

V.B : En général, je ne me lève pas le matin en me disant : « aujourd’hui, je voudrais parler de tel sujet ». ça vient naturellement. Je travaille beaucoup sur la notion du corps dans mes performances. C’est un moyen d’expression inépuisable, et tellement vrai ! Ce n’est pas parce que je raconte des histoires poétiques, que je mens. Les émotions passent par le regard, le visage, le corps. J’aime les performances en général car il faut mettre le paquet. Si on n’est pas sincère, et que l’émotion n’est pas là, cela passe vite pour du théâtre. Le temps est court. La performance, c’est une prise de risque intense !

City Sonic : Tu sembles avoir un rapport assez poétique à la vidéo. Qu’est ce que ce médium t’apportes en particulier ?

V.B. : J’utilise la vidéo comme un matériel ; c’est un support sur lequel je laisse mon empreinte. J’aime apporter la légèreté. L’idéal, c’est que le spectateur se laisse emporter, et oublie que c’est une video. C’est le problème de la performance : souvent en vidéo ça peut vite être ennuyant.

Faire une performance à représentation unique et la montrer sous forme de film, ce n’est pas toujours simple. La manière de penser est complètement différente.

City Sonic : Quels sont tes prochains projets ?

V.B. : Mon carnet est plein de projets, installations, performances, qui n’attendent que du temps, de l’énergie et du financement. J’ai envie de continuer à collaborer avec d’autres artistes. J’exposerai dans le cadre du parcours d’artistes à Mons, ainsi que prochainement, pour l’exposition Andy Warhol au BAM (Musée des Beaux Arts de Mons). Une exposition est prévue à Roubaix dans le cadre de Ni Fleur, Ni Couronne, du 14 au 22 Septembre. Je travaille aussi sur un projet d’exposition collective avec deux photographes et un cinéaste qui sera montré du coté de Chartres.

Propos recueillis par Pauline Maillet – Transcultures/City Sonic 2013

Posté le septembre 14th, 2013 par transcultures.

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